Véritable coup de tonnerre...
On aurait découvert un gigantesque gisement de terres rares au coeur du Pacifique...
Un gisement absolument démesuré, où dormirait plus de 1 000 fois les réserves mondiales actuelles de la planète (estimées à 110 millions de tonnes).
100 milliards de tonnes de ces métaux stratégiques dormiraient au fond du Pacifique. Info ou intox ?
Débroussaillons un peu...
Une nouvelle qui a fait le tour de la planète comme une traînée de poudre
Il y a un an, des scientifiques japonais avaient découvert d'importantes quantités de terres entre 3 000 et 6 000 mètres au fond de l'océan Pacifique près d'Hawaï et de Tahiti. Mais l'information n'avait pas été confirmée.
Un chercheur de l'université de Tokyo vient de le faire en publiant lundi une étude sur le sujet dans Nature Geoscience. Selon certaines estimations, ce serait près de 100 milliards de tonnes de ces matériaux précieux qui auraient été mis au jour. C'est 1 000 fois plus que les réserves mondiales de la planète, estimées à 110 millions de tonnes.
Petit rappel pour ceux qui ne nous lisent pas régulièrement...
Les terres rares sont des métaux qui servent dans de nombreux domaines liés aux nouvelles technologies & technologies vertes. Ils sont notamment utilisés dans la fabrication d'écrans plasma, de missiles et de panneaux solaires.
Contrairement à ce qu'indique leur nom, les terres rares sont assez répandues. Mais leur exploitation est difficile car leur concentration est rarement suffisante pour permettre leur extraction. En outre, celle-ci est particulièrement polluante et pas toujours économiquement rentable.
Résultat : les pays développés ont abandonné leurs mines et ont laissé le soin à la Chine de prendre le relais. Aujourd'hui, l'empire du Milieu représente plus de 95% de la production mondiale et réduit massivement ses exportations depuis quelques années ; laissant les industries occidentales demandeuses dans l'angoisse de la pénurie.
Le secteur pourrait être bouleversé
Si les impressionnantes découvertes des scientifiques japonais se confirment, cela devrait bouleverser toute la production mondiale en quelques années. Car forte de son quasi-monopole, la Chine en a profité pour imposer progressivement ses tarifs. Depuis 2006, la Chine a ainsi réduit ses quotas à l'exportation pour les terres rares d'au moins 10% par an. Pékin a également décidé de réorganiser la production autour de quelques mines, ce qui va réduire la production.
La rareté a du bon !
C'est justement cette rareté de l'offre qui a poussé l'année dernière le Japon à chercher des terres rares ailleurs. 97% des besoins en terres rares de l'Archipel sont fournis par la Chine. Cette dernière n'avait d'ailleurs pas hésité à stopper ses approvisionnements en pleine crise diplomatique avec le Japon en septembre dernier. Cette insoutenable "dépendance stratégique" a poussé les Nippons à partir à la chasse aux indispensables terres.
La stratégie de restriction de la Chine pourrait donc s'avérer être contre-productive. En réduisant l'offre, elle a poussé les pays utilisateurs à explorer de nouvelles voies (découvertes de réserves) et la hausse des prix a rendu rentables certaines activités (comme le recyclage).
Des gisements pas immédiatement rentables
Reste à savoir si les nouvelles réserves sous-marines sont facilement exploitables. D'après l'équipe de chercheurs japonais, c'est le cas, mais elle n'a pas évalué précisément la rentabilité d'une exploitation de ce type. Le métal se trouve à entre 3 000 et 6 000 mètres sous terres, sous une couche de sédiments épaisse.
Cela nécessiterait en outre une remontée des sédiments contenant les terres rares sur des bateaux usines pour "extraire" les minerais de la roche. Or le traitement des terres rares est l'un des plus polluant et complexe qui soit.
Ce qu'en pensent les insiders...
D'après Gareth Hatch, spécialiste des terres rares et co-fondateur de Technology Metals Research, de nombreuses années pourraient se passer avant que l'exploitation sous-marine de ces minerais ne devienne rentable. Sans parler des problèmes écologiques que cela pose.
"Est-ce que quelqu'un manipule l'histoire sur les terres rares dans l'océan Pacifique ?", s'interroge-t-il également. Cet expert, de la première heure trouve en effet étrange que les grands médias aient tous attribué aux chercheurs l'estimation de 100 milliards de tonnes découvertes, alors que les scientifiques n'ont jamais avancé de tels chiffres dans leurs rapports. Pourrait-il s'agir d'une manipulation ?
Enfin, les gisements sont situés dans les eaux internationales. Il n'y a qu'à regarder ce qui se passe pour le brut de l'Arctique pour comprendre que la bataille sera longue et ardue...
Toute exploitation devra en outre obtenir l'aval de l'Autorité internationale des fonds marins, organisme qui dépend de l'ONU.
Jean-Louis Dell'Oro, pour l'Edito Matières Premières & Devises et la Chronique Agora
Nota bene : reproduction partielle ou totale de la présente Chronique STRICTEMENT INTERDITE sans accord écrit de la société éditrice. La Chronique Agora est une lettre électronique quotidienne gratuite distribuée par les services financiers des Publications Agora. Si vous désirez appliquer les conseils et évoqués dans ce texte, n'hésitez pas à vous abonner à l'une de nos lettres.Pour plus d'informations : http://www.publications-agora.fr ou http://www.la-chronique-agora.com
